Rencontrez Heather Shapter, DG de Carrefour International

Rencontrez Heather Shapter, DG de Carrefour International

Pour cette édition de Nos membres en action, nous avons rencontré Mme Heather Shapter qui, tout récemment, a été nommée la nouvelle directrice générale de Carrefour International, une organisation de coopération internationale d’importance qui travaille pour faire avancer l’égalité pour les femmes et les filles et pour éliminer la pauvreté dans certains des pays les plus pauvres du monde en Afrique et en Amérique du Sud.

CCCI: Félicitations pour vos nouvelles fonctions en tant que directrice générale de Carrefour International! Qu’avez-vous le plus hâte d’accomplir dans le cadre de votre nouveau rôle ?

Heather Shapter : Je me réjouis à l’idée de travailler sur tant de choses ! C’est un si grand honneur de me joindre à une organisation qui lutte contre les inégalités dans certains des pays les plus pauvres du monde et cela, depuis 60 ans ! Je suis ravie de me joindre à un groupe extraordinaire d’employés professionnels et passionnés, de bénévoles, d’organisations partenaires et de bailleurs de fonds pour créer des emplois décents et pour habiliter les femmes à devenir des leaders et à vivre libres de toute violence.

CCCI : Quels sont certains des points à retenir de Women Deliver et comment ceux-ci vont-ils inspirer et éclairer le travail de Carrefour International ?

HS : J’ai été très touchée par tant de démonstration de leadership exceptionnel de jeunes femmes venant du monde entier. Une jeune femme zambienne nommée Natasha Kaoma a, par exemple, raconté qu’adolescente, elle désirait par-dessus tout donner à d’autres jeunes filles les moyens d’éliminer les obstacles liés aux menstruations et leur permettre ainsi d’aller à l’école. Elle a dit qu’à l’université, elle a demandé à ses amis de lui donner n’importe quel montant d’argent afin qu’elle puisse faire une différence. Ses amis lui ont donné 30 cents, 50 cents – jusqu’à recueillir 300 $. Elle a utilisé cet argent pour réunir des adolescentes, écouter leurs préoccupations et leur faire savoir qu’il était possible d’avoir différentes options.

Quelques années plus tard, Natasha et son équipe ont sensibilisé et formé 30 000 filles à la gestion de l’hygiène durant les menstruations. 30 000 !  Cela m’a vraiment fait voir les limites de ma propre réflexion sur ce qu’il faut pour mettre à l’échelle les programmes. Je présenterai l’enquête en cours à Carrefour pour qu’ensemble, avec nos partenaires, nous puissions envisager une nouvelle voie audacieuse pour réaliser la vision d’UN MONDE où la pauvreté est éliminée, l’égalité prévaut et les droits des femmes et des filles sont respectés.

CCCI : Carrefour est un fier signataire de l’Engagement des leaders du CCCI à prévenir et à combattre l’inconduite sexuelle  et détient une page Web consacrée à l’éthique de l’organisation.  Quels conseils donneriez-vous à d’autres ONG alors que le secteur cherche à mieux s’attaquer aux déséquilibres de pouvoir et à l’inconduite sexuelle, à la maltraitance et à l’exploitation sexuels ? Que fait Carrefour à cet égard? 

HS : Carrefour s’est engagé à s’attaquer aux risques et aux réalités de la violence sexuelle en impliquant ses parties prenantes, y compris son personnel, ses partenaires, les bénévoles et les bénéficiaires. Les stratégies soutiennent une intervention active des témoins, sont axées sur les survivantes et renforcent le message que la prévention de la violence sexuelle est la responsabilité de tous.  Carrefour estime qu’il convient de traiter les déséquilibres de pouvoir sociétal qui favorisent l’inconduite sexuelle, la maltraitance et l’exploitation au moyen d’approches collaboratives et multipartites visant à reconnaître, traiter et transformer les déséquilibres de pouvoir au sein du secteur des ONG et au-delà.

CCCI : Carrefour International est un membre apprécié du CCCI.  Pouvez-vous nous dire ce que votre adhésion au CCCI a signifié pour Carrefour et comment vous aimeriez voir cette relation se développer à l’avenir ?

HS : Carrefour est fier d’être un membre de longue date du CCCI et je suis très heureuse de diriger notre organisation vers un nouveau chapitre de sa collaboration avec les membres du CCCI.  À l’occasion de Women Deliver, la ministre Monsef a rendu hommage au secteur canadien des ONGI pour avoir brisé les cloisonnements entre nos organisations et cela dans le but de présenter d’un front commun un dossier convaincant au gouvernement canadien, ce qui a donné lieu aux annonces de financement historiques faites pour l’autonomisation des femmes et des filles. De toute évidence, l’avenir que représente la Politique d’aide internationale féministe du Canada et les objectifs de développement durable (ODD) ne sera pas le fait d’une seule entité. Le CCCI est un agent collectif essentiel par l’entremise duquel Carrefour est très enthousiaste à l’idée d’élargir son engagement auprès de ses collègues ONG respectés.

Heather Shapter

Heather Shapter

Directrice générale, Carrefour International

Heather Shapter apporte plus de 20 ans d’expérience de leadership en ONG à Carrefour et possède une vaste expérience en développement de programmes et d’affaires. Heather a débuté sa carrière en tant que gestionnaire de projet pour CARE Canada, avant de devenir conseillère en autonomisation économique des femmes pour BRAC au Bangladesh. Elle a également passé deux ans en Haïti en tant que spécialiste des opportunités économiques des femmes de Save the Children USA. Depuis lors, Heather a occupé des postes de direction pour Prosper Canada, Global Impact et a géré des initiatives pour volontaires à grande échelle.

Dans le secteur privé, Heather a dirigé la division ONG de Bluedrop Learning Networks où elle assistait les organisations partenaires à élargir leurs programmes d’emploi et d’entrepreneuriat pour les jeunes et les femmes marginalisés. Le travail accompli par Bluedrop a été reconnu par des organismes aussi prestigieux que la Clinton Global Initiative.  Heather a également dirigé pendant de nombreuses années un cabinet de conseil international axé sur le développement du leadership et l’exploitation de la culture organisationnelle pour obtenir des résultats remarquables.

Le parcours de Heather au sein des secteurs des ONG et privé s’est étendu sur cinq continents et lui a valu une vaste expérience acquise dans le renforcement des capacités communautaires locales. Elle a consacré sa vie à l’élimination de la pauvreté à travers l’autonomisation des femmes et des enfants.  Elle apporte au rôle de directrice générale de Carrefour International une vision pour bâtir sur le succès de l’organisation et faire un bond en avant grâce à un leadership audacieux et innovateur.

Heather détient un MBA de l’Université Queen’s et un baccalauréat de l’Université Memorial. Elle vit à Toronto avec ses deux fils et son mari, Gerry.

Entrevue avec Gerardo Almaguer, Développement international Desjardins

Entrevue avec Gerardo Almaguer, Développement international Desjardins

Dans cette édition de Nos membres en action, nous avons rencontré Gerardo Almaguer qui a été tout récemment nommé président et directeur général de Développement international Desjardins (DID).

Almaguer nous a parlé de ses plans alors qu’il entame son nouveau rôle, ainsi que la place de l’innovation et du secteur privé dans le développement international.

CCCI : Sur quoi avez-vous le plus hâte de travailler dans votre nouveau rôle de Président-directeur général de Développement international Desjardins ?

Gerardo Almaguer (GA) : DID s’est donné une planification stratégique plutôt ambitieuse d’ici à 2021 : de beaux défis en perspective pour le nouveau pdg que je suis!

Parmi les ambitions qui m’interpellent tout particulièrement, il y a celle d’accroître nos capacités et notre engagement en matière d’investissement. DID est activement engagé dans ce domaine depuis plus de 20 ans déjà, et nous souhaitons maintenant aller encore plus loin pour renforcer notre impact et mieux contribuer à l’atteinte des Objectifs de développement durable. Notre expérience nous démontre d’ailleurs que nos activités d’investissement constituent à la fois un levier de gouvernance, un levier financier et un levier de gestion des risques des plus pertinents pour le secteur de la finance inclusive.

Je trouve aussi très stimulante notre ambition d’être reconnu comme un leader dans le renforcement des capacités des entrepreneurs agricoles et commerciaux ainsi que de l’écosystème dans lequel ils évoluent. J’ai moi-même dirigé le Centre financier aux entrepreneurs mis en place par DID au Panama ainsi que le projet PASAC (Projet d’appui au système financier agricole de Colombie) que nous réalisons en Colombie, dont l’un des objectifs est de soutenir le développement des entreprises agricoles. Par ce genre d’initiative, nous avons un impact concret et direct sur le renforcement du pouvoir économique des communautés défavorisées, et des femmes tout particulièrement.

Enfin, le renforcement et la formalisation de notre culture d’innovation figure au cœur de nos ambitions stratégiques – comment ne pas être motivé par une telle ambition!

CCCI : Justement, quel est le rôle de l’innovation dans votre travail? Et avez-vous un exemple concret d’un projet qui a démontré des impacts positifs à la suite d’une nouvelle façon de travailler?

GA : L’innovation est partout, que ce soit dans nos processus internes ou dans les moyens que nous déployons pour contribuer à l’inclusion financière et à la réduction de la pauvreté dans nos pays d’intervention. C’est un moteur de développement que nous devons apprendre à mieux canaliser de manière à en retirer tous les bénéfices possibles.

En avril dernier, DID concluait un projet dont l’objectif était de démontrer qu’en améliorant l’accès au financement, on facilite le déploiement d’innovations et on en accélère l’appropriation par les producteurs agricoles.  Nous avons réalisé ce projet avec l’appui du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et en collaboration avec l’Institut de l’environnement et des recherches agricoles (INERA), le Réseau des Caisses Populaires du Burkina (RCPB) et l’Université Laval.

Après 3 ans d’activités, la démonstration était faite! En permettant l’établissement d’un dialogue entre les différents acteurs du secteur agricole (agriculteurs, fournisseurs d’intrants, institutions financières et centres de recherche), cette initiative a entraîné des résultats concrets et positifs :

 

  • les agriculteurs ont adopté des pratiques innovantes, plus productives et respectueuses de l’environnement,
  • les superficies ensemencées se sont accrues, et
  • les familles touchées ont vu se bonifier leurs conditions de vie et leur sécurité alimentaire.

CCCI : Selon vous, quel est le rôle du secteur privé dans la réalisation des objectifs de développement ?

GA : Plusieurs analyses démontrent que sans l’apport du secteur privé, le secteur public seul ne pourra pas atteindre les Objectifs de développement durable adoptés par les Nations Unies. Il faut donc trouver de nouvelles façons de maximiser notre contribution à l’atteinte de ces objectifs, tant en ce qui touche l’assistance technique que le financement du développement.

C’est une considération qui interpelle directement DID, et à laquelle nous comptons entre autres répondre par un engagement accru en investissement. Dans cette perspective, nous avons pris la décision stratégique de confirmer l’élargissement de notre statut d’agence d’exécution à celui d’investisseur de développement par la mise en place et la capitalisation d’un nouveau fonds d’investissement qui visera à soutenir l’innovation chez nos partenaires.

CCCI : Développement international Desjardins (DID) est un membre apprécié du CCCI. Pourriez-vous nous dire ce que votre adhésion au CCCI a signifié pour DID et comment vous aimeriez voir cette relation croître et s’améliorer à l’avenir ?

GA : Nous voyons de nombreux avantages à notre adhésion au CCCI! Celle-ci nous a permis de nous rapprocher d’ONG qui partagent les mêmes préoccupations que nous et auprès desquelles nous voyons d’intéressantes pistes de collaboration. Le CCCI est également une source précieuse d’information et d’analyses, en plus d’être un porte-parole efficace auprès des bailleurs de fonds et autres parties prenantes associées au secteur de l’aide internationale.

J’espère qu’en retour, DID contribuera à enrichir le bagage et les discussions du CCCI par son expérience et ses plus récentes innovations.

Nouveau membre du CCCI: Operation Eyesight Universal

Nouveau membre du CCCI: Operation Eyesight Universal

Nous sommes heureux d’accueillir Operation Eyesight Universal en tant que membre le plus récent du CCCI! Fondé à Calgary en 1963, Operation Eyesight Universal est une organisation de développement international qui œuvre pour restaurer la vue et prévenir la cécité dans les pays en développement.

Ils travaillent en partenariat avec les hôpitaux locaux, les gouvernements et les organismes de développement communautaire, dans le but de générer des ressources essentielles qui donnent à tous, y compris les plus pauvres, l’accès aux services de soins oculaires dont ils ont besoin.

Grâce à leur modèle innovant de soins ophtalmologiques hospitaliers en milieu communautaire, ils assurent des services durables à des collectivités entières. Les agents de santé communautaires sont formés pour mener des enquêtes de porte-à-porte. Ils examinent des familles entières pour déceler les problèmes de santé oculaire, orientent les patients vers un centre de soins oculaires ou un hôpital pour traitement et instruisent les communautés sur la santé oculaire et d’autres sujets de santé d’ordre plus général comme la nutrition et la santé maternelle.

253 millions de personnes dans le monde sont aveugles ou malvoyantes, and 80% n’ont pas à l’être. Operation Eyesight Universal a pour but d’éliminer la cécité – Au Vu Du Monde Entier!

 

Pour plus d’information, consulter leur site Web ici.

Entretien avec Glenn Mifflin, Cuso International

Entretien avec Glenn Mifflin, Cuso International

Photo: Glenn Mifflin, PDG de Cuso International avec Eyibio Magdalene Effiom, une bénéficiaire de la chaîne de valeur du manioc d’Odukpani, région d’administration locale de l’État de Cross River.

Initialement fondé en 1961 par un groupe de jeunes diplômés universitaires, Cuso International est dès lors devenu un organisme de coordination des bénévoles reconnu. En regardant vers l’avenir, y a-t-il des initiatives inspirantes, innovantes ou passionnantes que Cuso International aimerait partager avec nos lecteurs ?

Dans son livre The Land of Lost Content, A History of Cuso, Ian Smillie raconte que Cuso est né en 1961 de l’idéalisme de Canadiens tourné vers l’international et de la nécessité de coordonner les initiatives pionnières des groupes de bénévoles. L’organisation a connu des débuts modestes, avec de grandes aspirations portées par des Canadiens qui croyaient pouvoir changer le monde. 58 ans plus tard, Cuso International est aujourd’hui une organisation de développement international bien établie qui travaille actuellement dans 20 pays, y compris les groupes autochtones au Canada.

Bien que le placement de bénévoles fasse partie de notre héritage, de notre ADN, nous sommes bien plus qu’une organisation de volontaires pour le développement (V4D), nous travaillons différemment aujourd’hui, en partie parce que le monde a changé, que les exigences de nos partenaires ont aussi changé, ainsi que celles des donateurs et des bailleurs de fonds, mais aussi et en partie parce que les opportunités et besoins ne sont plus les mêmes qu’avant.

Parmi nos uniques caractéristiques, Cuso International est véritablement un organisme de développement canadien qui a acquis de solides références dans les domaines de l’égalité des genres et de l’autonomisation des femmes et des filles; de la santé et nutrition de la mère et du nouveau-né; et de l’autonomisation économique des jeunes. En plus d’avoir placé plus de 2 000 bénévoles canadiens au cours des cinq dernières années, nous avons aussi travaillé avec des femmes et des hommes pauvres et marginalisés provenant des régions en conflit de Colombie pour pour la création d’emplois durables. Nous avons également aidé des jeunes entrepreneurs à fonder des entreprises au Nigeria, soutenant ainsi leur indépendance économique. Nous avons aussi soutenu et renforcé des PMEs principalement dirigées par des femmes en Tanzanie, et nous avons

Obtenu de meilleurs résultats de santé pour les mères et les enfants par la formation en sages-femmes.

Nos projets incluent des fonds d’innovation qui permettent aux partenaires locaux de créer et de mettre en œuvre de nouveaux modèles de développement pour les communautés locales, plus particulièrement au profit des femmes et des jeunes. Et, dans le cadre du programme VOICE actuel, nous avons engagé plus de 600 e-volontaires dans 17 pays en février.

Glenn, vous avez d’abord rejoint Cuso International en tant que membre du conseil d’administration et maintenant en tant que PDG, bien que votre expérience professionnelle soit du secteur privé. Qu’est-ce qui vous a motivé à assumer des rôles de leadership dans le secteur du développement international ?

Oui, je me suis effectivement bâti une carrière solide dans le secteur privé avant de rejoindre Cuso International, d’abord en tant que comptable agréé chez Clarkson Gordon (aujourd’hui Ernst Young), pendant plus d’une décennie, et dans une entreprise du secteur intermédiaire de l’énergie pour 25 années supplémentaires. Mon épouse et moi avons toutefois une longue histoire de service bénévole, et j’ai donc été très heureux lorsque l’occasion s’est présentée de siéger au conseil d’administration de Cuso International. Il s’agissait d’une véritable occasion de m’impliquer au sein d’une organisation qui apporte une différence réelle et durable dans la vie d’un si grand nombre de personnes partout dans le monde. Une opportunité fondée sur des résultats concrets et durables.

Vous comprenez donc qu’au départ mes responsabilités premières au sein du conseil d’administration étaient liées au Comité des finances et de la vérification du conseil d’administration. Cette affectation m’a donné un bon aperçu des détails financiers des programmes de l’organisation et des résultats extraordinaires que ces mêmes programmes produisent. Lorsque le poste de PDG est devenu vacant, l’opportunité, de pouvoir continuer à faire une différence, était à mes yeux très importante.

Cuso International a connu des hauts et des bas comme beaucoup d’organisations de développement international au Canada. Quels mots de sagesse pourriez-vous partager avec d’autres organisations et leaders du secteur qui traversent une période difficile ?

Je n’aurai pas la prétention d’offrir des mots de sagesse à d’autres leaders ou à d’autres organisations du secteur. J’ai par contre plus largement bénéficié des compétences, des aptitudes et de l’attention que j’ai reçu du secteur que je n’en ai apporté.

Je n’ai pas fait partie de la grande histoire des contributions que Cuso International a apportées dans le monde entier. Je peux cependant dire que je suis fier de faire partie de cette histoire – une histoire qui peut se vanter de compter plus de 16 000 placements dans plus de 100 pays. Au cours mes rencontres et de mes discussions avec nos bénévoles de retour au pays et avec plusieurs de nos amis et bénéficiaires, je peux vous dire que la description la plus courante de leur expérience est qu’elle est véritablement transformationnelle.

Je dirai également que le secteur bénéficie grandement de l’appui du gouvernement canadien.  Nous devons rappeler à nos élus l’importance de notre travail, l’engagement du Canada envers le développement international et que la différence que nous faisons dans le monde est un reflet important de nos valeurs canadiennes.

Glenn, y a-t-il une seule devise ou une seule phrase qui guide votre travail chez Cuso International?

Des compétences à partager, un avenir à construire

Cuso International est un membre apprécié du CCCI. Pourriez-vous nous dire pourquoi Cuso a choisi de faire partie de cette dynamique communauté de membres ?

La possibilité de rester en contact avec notre secteur par l’entremise du CCCI appuie notre mission. Nous sommes plus forts et plus efficaces lorsque nous travaillons avec des organisations aux vues similaires pour soutenir le bien commun.

Entretien avec Ida Kaastra-Mutoigo, World Renew

Entretien avec Ida Kaastra-Mutoigo, World Renew

 

Ida Kaastra-Mutoigo est la directrice-générale de World Renew.

CCCI : World Renew mène des initiatives fructueuses depuis 1962 – c’est près de 60 ans d’expérience. Selon vous, quelle est la plus grande réussite de votre organisation, et comment les autres acteurs canadiens du développement international pourraient-ils s’en inspirer?

Ida Kaastra-Mutoigo : Si je compare notre travail à celui d’autres organismes de développement international, je dirais que nous avons une expertise particulière dans le développement des capacités de nos partenaires locaux, en particulier leurs capacités à aider leurs communautés grâce à des programmes bien ficelés en matière de secours aux sinistrés, d’agriculture, de sécurité alimentaire, de santé de la mère, du nouveau-né et de l’enfant, d’épargne et d’emprunt pour les villages, de consolidation de la paix et d’égalité des sexes. Nous utilisons un modèle de partenariat depuis les années 1970.

Nous avons également mis sur pied un programme mondial de bénévolat et de partenariat efficace, qui met en relation des bénévoles, des groupes de bénévoles et des églises avec nos partenaires et leurs communautés dans les pays du Sud. L’an dernier, conjointement avec notre bureau aux États-Unis, nous avons envoyé 468 bénévoles à l’étranger, en avons mobilisé 3 268 qui ont accompli 279 000 heures de travail, et avons établi des partenariats entre 256 églises d’Amérique du Nord et des communautés du Sud – des chiffres plus qu’impressionnants pour une organisation de notre taille.

CCCI : En décembre 2018, World Renew a publié un billet de blogue intitulé « Where Partnership Transcends Religious Divides » (Des partenariats qui transcendent les différences religieuses). Cet article parle d’un partenariat de World Renew dans le cadre duquel sont offerts, au Sénégal, des programmes scolaires pour les enfants tant chrétiens que musulmans. Quels sont à votre avis les avantages et les désavantages d’être une organisation religieuse œuvrant dans le secteur canadien du développement international?

Ida Kaastra-Mutoigo : Le plus gros avantage d’être une organisation religieuse, c’est que cela nous amène à être plus sensibles à la foi et aux valeurs des gens ainsi qu’à leur vision du monde, et à mieux en tenir compte dans nos programmes, dans une perspective de changement et de développement. En fait, nous trouvons cela très facile et efficace de travailler dans des milieux multiconfessionnels qui favorisent l’inclusion de personnes de toutes religions dans le travail de développement communautaire et d’aide humanitaire. Par ailleurs, en collaborant principalement avec des groupes religieux bien intégrés à leurs communautés du Sud, nous savons que les programmes que nous mettons en place pourront continuer de fonctionner même après la fin de notre participation.

Dans toutes les cultures, traditions et religions, il existe des croyances ou des points de vue qui nuisent à l’épanouissement des personnes. Si on ne s’occupe pas de ces mentalités qui constituent des obstacles fondamentaux, même les meilleurs programmes ne pourront atteindre leur plein potentiel – s’ils n’échouent pas complètement –, que ce soit dans le domaine de l’aide humanitaire, de la santé, de l’agriculture, de la sécurité alimentaire, de la technologie ou du développement économique. Dans ma vie et mon travail dans les pays du Sud, j’ai vu à de nombreuses reprises l’influence (positive ou négative) que peuvent avoir sur les efforts de développement les opinions concernant les rôles des hommes et des femmes, les préjugés au sujet d’autres groupes ethniques et les perceptions qu’ont les gens de leur propre capacité à combattre l’injustice et la pauvreté.

Quant au plus gros désavantage, c’est que le public et les donateurs, surtout institutionnels, ne comprennent pas toujours notre raison d’être et nos motivations. On sent parfois un certain scepticisme à l’égard des organisations religieuses; leurs programmes semblent être considérés, à tort, comme plus exclusifs ou contraignants que ceux des autres organisations. Certains pensent aussi qu’elles ont de moins bons programmes ou une moins bonne gestion, ce qui n’est pas le cas. C’est vraiment dommage, car les donateurs font alors preuve de discrimination au moment de décider à qui ils octroieront des fonds, et nous perdons de formidables occasions de changer les choses. Heureusement, il y a des évaluations indépendantes qui informent le public et qui démontrent que les organisations religieuses œuvrant dans le développement international sont tout aussi efficaces, sinon plus, que les autres. J’aimerais mentionner, entre autres, un article récent de MoneySense, qui inclut au moins trois organisations religieuses, dont World Renew, dans la liste des 10 meilleurs organismes de bienfaisance internationaux en 2019. (Voir https://www.moneysense.ca/save/financial-planning/canadas-top-rated-charities-2019-best-by-category/.)

CCCI : En 2012, le nom World Renew a remplacé l’ancien nom de l’organisation, Christian Reformed World Relief Committee (CRWRC). Pouvez-vous nous parler d’une chose que World Renew travaille à améliorer, et nous dire comment vous pensez que cela vous aidera à accomplir votre mandat?

Ida Kaastra-Mutoigo : Nous cherchons, entre autres, à améliorer notre marketing et notre financement. Une des raisons derrière ce changement de nom, c’est qu’une proportion croissante de nos dons – souvent au moins la moitié de notre budget – provient de sources sans lien avec notre groupe confessionnel. Nous avons donc commencé à consacrer plus d’efforts et de ressources humaines à cet aspect de notre travail. Quand les donateurs voient ce que nous faisons plus en détail, ils nous complimentent souvent sur la grande qualité de nos programmes et notre façon de travailler avec nos partenaires locaux, et nous disent que ces choses ne sont pas bien connues des donateurs potentiels. Donc ce que nous essayons de faire, c’est d’apprendre à mieux raconter notre histoire, tout en continuant d’améliorer notre capacité à changer l’histoire des communautés que nous aidons et en maintenant notre réputation à cet égard. Nous sommes également en bonne voie d’obtenir notre certification CHS (Norme humanitaire fondamentale).

CCCI : Ida, voilà plusieurs années que vous travaillez à World Renew, dont vous êtes maintenant la directrice au Canada. En tant que femme occupant un poste de direction dans notre secteur, quels conseils donneriez-vous à des jeunes de la relève qui aspirent à suivre vos traces?

Ida Kaastra-Mutoigo : En gros, je leur dirais d’aller là où se trouve l’énergie. Pour exercer son leadership, il faut d’abord savoir gérer sa propre énergie, et ensuite trouver des façons de guider les autres afin qu’ils utilisent leur énergie pour grandir. Il ne faut jamais oublier que la seule personne qu’on peut vraiment contrôler, c’est soi-même; tout autre pouvoir est très superficiel ou temporaire. C’est uniquement par la grâce et la sagesse de Dieu que j’ai autant d’énergie et que je suis au service du développement international depuis plus de 30 ans, dont 12 comme directrice de World Renew au Canada. J’ai découvert ce qui me permet de conserver et d’augmenter mon niveau d’énergie, alors je ne perds pas mon temps avec ce qui le diminue, comme la peur. Je saisis toutes les occasions possibles de perfectionnement, je me concentre sur les priorités et les passions que j’ai déterminées grâce à la prière, et je ne présume jamais que je n’ai plus rien à améliorer. Dieu n’a pas encore dit son dernier mot, ni en ce qui me concerne, ni en ce qui concerne ceux à qui je suis liée. C’est pourquoi il est important de rendre grâce à tous ceux qui nous entourent, de toujours chercher à les comprendre et à les respecter, et de se rappeler qu’ils sont de précieux cadeaux de Dieu. Ma plus grande joie est d’encourager les gens que je côtoie, que ce soit des employés, des partenaires ou des membres des communautés, à continuer d’avancer sur le chemin qui leur fera découvrir et devenir ce pour quoi Dieu les a créés.

CCCI : World Renew est un membre estimé du CCCI. Pourriez-vous nous dire ce que votre statut de membre vous a apporté et comment vous aimeriez voir cette relation évoluer et s’améliorer?

Ida Kaastra-Mutoigo : Notre relation avec le CCCI est précieuse, car notre collaboration est axée sur l’apprentissage et la revendication auprès du gouvernement canadien. Grâce aux conversations et aux événements organisés par le CCCI, j’ai acquis une grande expertise que je peux appliquer à notre travail et à mon rôle de dirigeante. Par exemple, quand il y a eu une pression accrue pour l’intégration d’un volet de protection des enfants et des autres personnes à risque élevé dans nos programmes de développement, je me suis informée auprès des autres membres du CCCI pour savoir ce qu’ils faisaient afin de m’en inspirer. De plus, la relation du CCCI avec Affaires mondiales Canada (AMC) nous a grandement aidés à trouver des solutions aux problèmes et aux défis communs que rencontrent les organismes de développement international dans leurs partenariats ou leur utilisation des fonds d’AMC.

Quant à l’évolution ou l’amélioration de notre relation, je suggérerais au CCCI de continuer à écouter ses membres au sujet des enjeux et des occasions qu’ils considèrent comme prioritaires et d’en tenir compte au moment d’organiser des événements ou des rencontres pour renforcer la collaboration avec AMC. Jusqu’à maintenant, les sujets abordés ont été très pertinents pour le travail de développement international de World Renew, et nous sommes très reconnaissants au CCCI de chercher, d’organiser et de gérer ces occasions de collaboration, car nous n’avons pas les ressources pour le faire nous-mêmes.

Entretien avec Pascal Paradis, Avocats sans frontières

Entretien avec Pascal Paradis, Avocats sans frontières

 

 

Ce mois-ci, le CCCI a rencontré Pascal Paradis, directeur général d’Avocats sans frontières

 

CCCI : Avocats sans frontières Canada travaille en Amérique latine, en Haïti et en Afrique actuellement. Entre autres activités, vous participez à l’observation du procès de Berta Cáceres au Honduras (leader environnementale assassinée en 2016), au sein d’une coalition d’organisations nationales et internationales. Quels sont les enjeux associés au travail dans des dossiers qui sont si politisés et conflictuels? Quelles leçons en tirez-vous?

Pascal Paradis : Notre travail nous amène de fait très souvent dans des dossiers complexes et délicats, qui sont fortement ancrés dans l’actualité sociale et politique du pays. L’État de droit, la gouvernance, les droits humains, l’accès à la justice, ce sont des notions très politiques. Toutefois, ce n’est pas sous l’angle politique que nous les abordons, c’est sous l’angle du droit. La base de toutes nos interventions, c’est le droit international et le droit national.

Notre objectif dans un dossier de litige stratégique, ou dans l’observation d’un procès emblématique comme celui des personnes accusées du meurtre de la défenseure des droits humains Berta Cáceres, c’est de nous assurer du respect des normes applicables.

Nous devons alors trouver un équilibre délicat entre le travail de développement international et celui de plaidoyer pour une plus grande justice. Une leçon importante est qu’en demeurant focalisés sur le cadre juridique, nous conservons une crédibilité et une indépendance qui sont cruciales.

CCCI : Compte tenu du fait que votre mission est de renforcer l’accès à la justice et à la représentation juridique, comment choisissez-vous vos partenaires et les cas emblématiques dans lesquels vous travaillez?

Pascal Paradis : Les partenaires sont choisis en fonction des valeurs et principes d’action d’ASFC. Les partenaires doivent aussi nous choisir sur la base de leurs valeurs! On cherche une concordance en matière d’intégrité, d’engagement, de collégialité, de complémentarité, d’affirmation des droits humains, de professionnalisme et responsabilité.

Les cas emblématiques sont presque toujours choisis par les partenaires d’abord, ASFC étant là pour répondre à des besoins de renforcement de capacités en méthodologie, application du droit international, enquête, préparation des témoins, etc.

Le litige stratégique de cas emblématiques consiste à sélectionner parmi de multiples dossiers de violations des droits humains existants celui qui aura le plus de chance d’aboutir à une condamnation, sur le fond ou sur la procédure, par un tribunal national.

Le dossier sélectionné peut également être celui le plus symbolique de par les faits poursuivis, tels que le viol, l’esclavage sexuel ou le crime contre l’humanité, ou en raison du statut social ou politique de l’auteur du crime, comme cela est le cas lors de l’ouverture de poursuites contre d’un ancien dictateur ou des plus hauts responsables étatiques. La décision rendue créera une jurisprudence sur laquelle les dossiers suivants pourront s’appuyer pour obtenir justice.

CCCI : Avocats sans frontières Canada reçoit l’appui financier pour ses programmes du Gouvernement du Québec, du Gouvernement du Canada et vous avez aussi des partenaires financiers issus d’entreprises privées, de même que le Barreau du Québec. Que pouvez-vous dire à propos de cette diversité de bailleurs de fonds et les défis que vous confrontez?

Pascal Paradis : La majeure partie de notre financement programmatique provient du gouvernement du Canada à travers une gamme variée de ses programmes de coopération internationale. C’est important pour nous de compter sur un tel partenariat qui démontre la confiance dont jouit ASFC. Nous sommes également très fiers de compter sur l’appui – y compris l’appui financier – d’une large partie de la communauté juridique, dont la plupart des grands cabinets d’avocats du pays, le Barreau, et de plusieurs entreprises privées. C’est une question de crédibilité, et aussi une illustration de l’engagement des Canadien.nes envers la mission de l’organisation. Cela nous permet aussi d’avoir accès à beaucoup de services bénévoles.

La diversité des bailleurs de fonds est extrêmement importante pour la sécurité financière de l’organisation à long terme. L’objectif est d’être à l’abri de possibles crises, du fait d’être trop dépendants d’un seul et même bailleur.

Pour cette raison, nous continuons de développer des partenariats et de maintenir des événements de financement, comme par exemple notre spectacle bénéfice annuel.

CCCI : Vous faites partie du conseil d’administration du CCCI depuis quelques mois. Quelles sont les perspectives uniques grâce à votre expérience chez ASFC que vous voulez apporter au CA du CCCI? Et que souhaitez-vous retirer de cette expérience.

Pascal Paradis : J’ai énormément de respect pour le rôle que joue le CCCI au Canada. C’est un excellent porte-parole de la communauté du développement international et de l’aide humanitaire, un créateur de synergies, un centre d’analyse et de réflexion, un forum où nous pouvons nous réunir et parler d’une voix unie aux autres parties prenantes. J’espère pouvoir y contribuer en partageant l’expérience unique d’ASFC à titre d’organisation de coopération internationale hautement spécialisée, entre autres sur le plan juridique. De mon côté, j’en retire déjà beaucoup en matière de dialogue pancanadien et de meilleures pratiques. Je trouve le CCCI très innovant dans sa réflexion sur la coopération internationale.

CCCI : Lors de la dernière conférence annuelle du CCCI à Ottawa, vous avez participé à un panel organisé par le programme Prochaine Géneration CCCI-ACÉDI à propos de la collaboration entre les académiques et les organismes de développement international. Quelles leçons tirez-vous de cette réflexion et de vos pratiques chez ASFC?

Pascal Paradis : La recherche est une partie intégrante de tous nos projets de coopération internationale, en ce que l’objectif de partage au niveau national des bonnes pratiques internationales et du droit international nécessite une constante implication d’experts internationaux et nationaux qui, ensemble, produisent des rapports, enquêtes, argumentaires, mémoires, etc. sur la base desquels des actions concrètes sont entreprises.

Nous faisons d’ailleurs partie du Partenariat canadien pour la justice internationale qui regroupe plusieurs des plus éminents juristes canadiens en matière de lutte aux crimes internationaux (crimes de guerre, crimes contre l’humanité, génocide) de même que les principales organisations de la société civile active dans ce domaine. L’idée est justement de lier la recherche à l’action sur le terrain.

Il s’agit d’un partenariat qui bénéficie tant aux groupes universitaires qu’aux organismes de développement international. Les groupes universitaires d’ASFC contribuent par leurs recherches à soutenir les droits humains et ce faisant, acquièrent une formation. Cela contribue donc à la relève générationnelle. En outre, ça permet aux futurs avocats et autres étudiants avec un intérêt marqué pour les droits humains d’approfondir leurs connaissances, développer leur propre réseau et connaitre le travail d’ASFC. ASFC bénéficie d’un accès facile à un groupe d’experts qui peuvent contribuer leurs connaissances à nos projets.