Les jeunes femmes africaines ou forces motrices de l’action climatique et de l’égalité

Les jeunes femmes africaines ou forces motrices de l’action climatique et de l’égalité

Dans le cadre de la Semaine de l’égalité des sexes, CCCI mettra en lumière le travail accompli par certains de nos membres pour promouvoir l’égalité des sexes. Ce billet a été rédigé par Catherine Boyce, de CAMFED, qui nous présente leur programme Climate-Smart Agriculture Guides (Guides agricoles) qui a reçu cette semaine le Prix de l’action climatique mondiale des Nations Unies.

Pouvez-vous imaginer travailler toute la journée sous la chaleur, solliciter l’aide de vos enfants pour les travaux agricoles aux champs et ne pas cultiver assez pour nourrir votre famille et gagner votre vie ? C’est pourtant la réalité de millions de femmes dans les zones rurales d’Afrique qui endossent, de nos jours, le fardeau de l’agriculture pour nourrir leur famille et qui sont doublement touchées par une pénurie de ressources féminines et l’impact du changement climatique.

En ce qui concerne le déficit des femmes – les femmes agricultrices sont généralement 20 à 30 % moins productives que les hommes. Ce n’est pas parce qu’elles travaillent moins fort – car en effet, elles travaillent en moyenne un plus grand nombre d’heures. Elles n’ont cependant pas accès aux mêmes biens naturels (la terre et l’eau), formations, financements, services d’information et intrants de qualité comme les semences que leurs homologues masculins. Si cette inégalité était corrigée, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture estime que près de 150 millions de personnes pourraient échapper à la faim à travers le monde.

Dans l’intervalle, la productivité agricole diminue cependant, car menacée par des conditions climatiques plus extrêmes qui se manifestent par des sécheresses, des inondations et les récents cyclones dévastateurs, Idai et Kenneth, qui détruisent les vies et les modes d’existence. Pour les communautés rurales d’Afrique, le changement climatique n’est pas un concept théorique ni un risque qui n’adviendra pas avant de nombreuses années à venir. C’est une incontestable réalité. Les filles et les femmes africaines contribuent de façon négligeable aux émissions de gaz à effet de serre, mais elles sont les premières à ressentir les effets du changement climatique alors qu’elles s’efforcent de cultiver la terre pour produire suffisamment pour nourrir leur famille. Elles sont particulièrement vulnérables à la faim, au mariage précoce et à la violence dans un contexte de rareté des ressources.

Nous avons besoin d’une réponse d’envergure mondiale à cette menace planétaire. Comme tant d’autres, j’ai été énormément inspiré par l’action des jeunes sur le changement climatique. Une grande partie de cette action se déroule en Afrique subsaharienne, avec à sa tête des jeunes femmes vivant dans certaines des communautés rurales les plus pauvres. Elles sont également à la tête de l’action communautaire pour la sauvegarde des cultures vivrières face au changement climatique, la gestion des ressources en eau et la protection des arbres et de la qualité des sols.

Le réseau des anciennes élèves de la Campagne pour l’éducation des femmes – ou membres du réseau CAMA – est un mouvement de 140 000 jeunes femmes africaines instruites. Ensemble, elles sont le fer de lance de la lutte contre les changements climatiques. Elles ont reçu le Prix de l’action climatique mondiale des Nations Unies au titre de l’efficacité et de l’ampleur potentielle de l’action du réseau CAMA en matière de climat. Les lauréats de ce prix des Nations Unies sont parmi les exemples les plus concrets, les plus évolutifs et les plus reproductibles de ce que les gens, les entreprises, les gouvernements et les industries font pour lutter contre le changement climatique.

J’ai rencontré Annie N’gandu pour la première fois en Zambie en 2008 alors qu’elle aidait à diriger une initiative de leadership et d’entreprise pour d’autres jeunes diplômés. Sa positivité contraste avec son enfance tragique : orpheline très jeune, elle a dû manquer de nombreuses années d’école parce que pauvre. Avec le soutien de la Campagne pour l’éducation des femmes (CAMFED), Annie a cependant été formée à l’entreprenariat et a lancé et développé une entreprise agricole prospère. Au cours des cinq dernières années, Annie s’est fait la championne de l’agriculture climato-intelligente en Zambie rurale :

« J’explique l’espacement du maïs et des betteraves par exemple, pour qu’ils poussent bien et comment faire du compost avec du fumier. J’enseigne aux gens comment construire un fourneau propre, qui utilise moins de bois et produit moins de fumée. Je forme aussi les gens à la gestion des déchets. Maintenant, ils recyclent ou vendent les déchets pour de l’argent. » 

Annie N'gandu, Guide agricole en Zambie

Annie a permis à des centaines d’autres petits exploitants, des groupes de jeunes et de femmes d’acquérir les compétences dont ils ont besoin pour protéger leurs fermes contre les conditions climatiques extrêmes provoquées par le changement climatique et pour améliorer leur productivité. Elle a gagné la confiance et le soutien des responsables agricoles de l’administration locale, qui l’invitent à se former à leurs côtés, et des chefs traditionnels, comme le chef Nkula, qui, sous inspiration, a eu l’idée d’octroyer une terre de 300 hectares pour cultiver une ferme de démonstration d’agriculture climato-intelligente. Elle a également augmenté la productivité de sa propre ferme, a accueilli trois enfants abandonnés et a aidé davantage de jeunes d’aller à l’école.

Annie n’est pas seule à figurer parmi le leadership climatique. D’Eva Damasi, qui s’emploie à soutenir l’agroforesterie en Tanzanie, à Clarah Zinyama, au Zimbabwe, qui travaille avec des groupes de mères pour accroître la productivité des petites exploitations utilisées pour cultiver des aliments pour les repas scolaires ; les membres du réseau CAMA mènent des actions de lutte contre le changement climatique dans les zones rurales d’Afrique.

Ces jeunes femmes – appelées Guides agricoles – font la promotion des techniques traditionnelles et novatrices de l’agriculture climato-intelligente. Elles ont reçu l’appui de la Mastercard Foundation de Toronto et de l’Université EARTH au Costa Rica, qui, en collaboration avec la CAMFED du réseau CAMA, ont élaboré un cours sur mesure en agriculture durable. En contribuant à façonner le contenu, les femmes leaders ont veillé à ce qu’il soit adapté au contexte dans lequel elles vivent et travaillent, et conforme aux traditions autochtones.

Clarah, par exemple, a réintroduit la culture intercalaire sur sa ferme, qui consiste à faire pousser deux cultures sur la même parcelle. C’est une technique autrefois pratiquée par sa grand-mère qui réduit l’érosion du sol, préserve les éléments nutritifs du sol et aide à la lutte antiparasitaire. Elle réutilise de vieilles bouteilles en plastique pour une irrigation au goutte-à-goutte abordable, en les enfouissant dans le sol avec des petits trous dans le bouchon pour libérer progressivement l’eau. Clarah forme également des groupes communautaires à la construction de séchoirs solaires simples pour préserver la nourriture et réduire les déchets.

Les résultats sont clairs et se traduisent par une augmentation des rendements, de la nutrition familiale et des revenus. À ce jour, Annie, Clarah et Eva et une petite équipe de guides agricoles du réseau CAMA ont atteint plus de 8 500 personnes des zones rurales d’Afrique avec des connaissances et des techniques pour renforcer la productivité agricole et la résilience face au changement climatique. Il s’agit notamment de méthodes abordables d’irrigation, de rotation des cultures, de compostage de matières organiques et de paillage qui améliorent la nutrition des sols et le stockage du carbone, la gestion de l’eau et la productivité. Elles sensibilisent leurs communautés à la gestion des déchets et à la manière de construire des fourneaux de cuisine plus propres à partir de ressources locales qui consomment moins de combustible et réduisent davantage les émissions de carbone. Les Guides agricoles qui constatent que les résultats se traduisent par une amélioration des rendements et des profits dans leurs propres fermes, jouissent d’un statut plus élevé au sein de leurs communautés et ont créé quatre nouveaux emplois rémunérés en moyenne chacune.

Elles aident aussi les filles à réussir à l’école et au-delà. L’an dernier, par exemple, les membres du réseau CAMA ont utilisé leurs propres ressources pour aider plus de 700 000 enfants à aller à l’école. Elles s’aident mutuellement à faire la transition entre l’école et une vie active épanouie, à progresser dans la chaîne de valeur et à considérer l’agriculture comme une opportunité commerciale. Lorsque les filles restent à l’école et que les femmes génèrent un revenu, elles peuvent éviter le mariage précoce, acquérir un pouvoir de décision et prendre le contrôle de leurs choix de vie. Ce sont là des priorités en soi qui ont également des effets positifs sur le climat. Elles se traduisent par le mariage à un âge plus tardif et par des familles moins nombreuses et en meilleure santé, réduisant de façon cumulative la croissance démographique et les émissions de gaz à effet de serre.

Comme le démontre l’expérience d’Annie, Clarah et Eve, il est essentiel que notre stratégie mondiale sur le climat renforce la capacité des collectivités vulnérables à s’adapter aux effets du changement climatique, tout en réduisant d’urgence les émissions de gaz à effet de serre. A la Campagne pour l’éducation des femmes, nous nous efforçons de verser davantage de ressources à ces jeunes femmes, qui sont sur la ligne de front des changements climatiques. Clarah résume ce que le Prix de l’action climatique mondiale des Nations Unies décerné cette semaine signifie pour elle et ses pairs :

« Nous sommes très heureuses de cette reconnaissance mondiale du leadership du réseau CAMA en matière d’agriculture climato-intelligente. En tant que réseau, nous développons et partageons une expertise qui va d’une meilleure gestion des terres et de la lutte contre la déforestation à l’utilisation de cultures climato-intelligentes, du chauffage solaire et de techniques traditionnelles de réfrigération. Notre réseau nous permet de transmettre nos connaissances aux agricultrices et agriculteurs de nombreux districts ruraux, ce qui contribue à renforcer la résilience aux chocs climatiques tout en améliorant la productivité, en réduisant les émissions et en nourrissant les communautés scolaires. Ce prix célèbre ce qui est possible lorsque nous travaillons tous ensemble pour nous attaquer à deux des problèmes les plus pressants de notre temps : l’exclusion des filles de l’éducation et le changement climatique. » 

Clarah Zinyama, Guide agricole au Zimbabwe

Efforçons-nous tous d’égaler son activisme face au changement climatique et de relever ensemble ce défi mondial.

Catherine Boyce

Catherine Boyce

Directrice du développement des entreprises, Campagne pour l'éducation des femmes (CAMFED)

Depuis 25 ans, la Campagne pour l’éducation des femmes (CAMFED) unit les communautés dans un effort collectif pour garantir le droit à l’éducation des filles les plus exclues, ce qui a permis à plus de 3,3 millions d’enfants au Zimbabwe, en Zambie, en Tanzanie, au Ghana et au Malawi de recevoir un soutien scolaire.

En tant que directrice du développement des entreprises, Catherine travaille à mettre en contact les jeunes femmes instruites – membres du réseau CAMFED CAMA – avec les ressources et le soutien dont elles ont besoin pour jouer un rôle de premier plan dans l’action climatique, les emplois et la prospérité en Afrique subsaharienne rurale. Avant de rejoindre CAMFED en 2008, Catherine était consultante en stratégie spécialisée en entrepreneuriat. Elle a étudié l’histoire aux universités de Cambridge et d’Oxford.

Femmes de courage : un programme de Kairos qui œuvre à l’autonomisation des femmes bâtisseuses de paix

Femmes de courage : un programme de Kairos qui œuvre à l’autonomisation des femmes bâtisseuses de paix

Le groupe de Femmes, paix et sécurité – visite parlementaire (photo soumise par KAIROS Canada)

Dans le cadre de la Semaine de l’égalité des sexes, CCCI mettra en lumière le travail accompli par certains de nos membres pour promouvoir l’égalité des sexes. Ce billet a été rédigé par Rachel Warden de KAIROS Canada.

« L’Organización Femenina Popular m’a permis de reprendre en main mon projet de vie, de croire à nouveau en moi, de me donner le droit de ressentir la joie, de guérir émotionnellement et psychologiquement. Je crois maintenant que je peux aussi aider d’autres femmes pour qu’elles ne soient pas victimes de violence et qu’elles croient en la paix. » – Nancy, qui a participé à une formation sur l’Accord de paix en Colombie, a parlé de l’impact de l’Organización Femenina Popular, un partenaire de KAIROS, sur sa vie.

C’est l’un des nombreux témoignages de changement recueillis au cours de la première année du programme de KAIROS intitulé Femmes de Courage: femmes, paix et sécurité (FPS). Les participantes au programme ont parlé de revendiquer le droit de guérir et celui d’intenter une action en justice.

En un an seulement, le programme a franchi des étapes cruciales vers un changement transformateur pour les femmes victimes et rescapées de la violence dans les pays du Sud, et cela malgré les différences régionales, les menaces de sécurité croissantes et les défis politiques.

Le programme FPS repose sur des solides données probantes démontrant que les femmes victimes et rescapées de violence dans les conflits armés et situations d’après conflit gagnent en autonomie grâce à l’appui psychosocial et juridique. Ce soutien les aide à guérir, à restaurer l’estime de soi et faire valoir leurs droits, s’imposant ainsi comme des actrices clés dans les processus de consolidation de la paix.

Les partenaires incluent : Héritiers de la Justice, en République démocratique du Congo ; le Conseil national des Églises des Philippines; le programme national pour les femmes du Conseil des Églises du Soudan du Sud (SSCC-NWP) ; l’Organización Femenina Popular (OFP) en Colombie ; et le Wi’am : Palestinian Conflict Transformation Center en Cisjordanie.

Au cours de la première année, KAIROS et ses partenaires ont obtenu des résultats significatifs malgré les défis. Les partenaires ont indiqué avoir touché 4 700 bénéficiaires directs au total : soit plus de 1 000 femmes rescapées de la violence sexiste qui ont bénéficié d’une formation psychosociale, plus de 600 femmes et hommes qui ont participé à des formations et sensibilisations sur l’égalité des genres et plus de 1 100 femmes et hommes qui ont participé à des sessions de formation sur les cadres nationaux et internationaux.

En outre, près de 800 femmes ont été formées en tant que facilitatrices des droits de la personne et 109 campagnes ont été organisées, plaidant en faveur d’une législation, d’une réforme législative et d’une mise en œuvre ayant trait aux femmes, à la paix et à la sécurité, y compris des campagnes destinées aux alliés masculins dans les gouvernements, les organisations multilatérales et les médias.

« Ces leçons sur les droits de l’homme m’ont certainement ouvert les yeux sur le déséquilibre non seulement dans nos foyers, mais aussi dans nos institutions », a déclaré le capitaine John Jeremiah, aumônier qui a participé à la formation de la SSCC-NWP sur la justice entre les genres et les droits de la personne.

Une composante unique de ce programme est l’accent mis sur les rencontres et les échanges Sud-Sud et Sud-Nord. En novembre 2018, un premier rassemblement Sud-Sud a réuni tous les partenaires à Toronto pour partager expériences et stratégies. Les partenaires se sont ensuite rendus à Ottawa pour d’importantes réunions avec des parlementaires, des représentants du gouvernement et des organisations de la société civile.

Les journées et les événements internationaux importants tels que les 16 journées d’action contre la violence à l’égard des femmes (du 25 novembre au 10 décembre), la Journée internationale de la femme (le 8 mars) et la Commission de la condition de la femme des Nations Unies (CCF) ont permis de mettre en lumière le travail accomplis par les organisations partenaires et de militer pour les femmes bâtisseuses de la paix.

KAIROS a lancé le programme de la FPS en 2018 en collaboration avec Affaires mondiales Canada, qui a injecté 4,5 millions de dollars sur cinq ans pour appuyer le travail de ces organismes communautaires axés sur les femmes. Cet appui est rendu possible grâce au financement de contrepartie des Églises membres de KAIROS et des agences de développement, des communautés religieuses et des donateurs individuels.

Les partenaires de KAIROS témoignent du travail courageux et efficace des programmes communautaires de consolidation de la paix axés sur les femmes et sont un exemple concret de la politique canadienne d’aide internationale féministe en action.

Rachel Warden

Rachel Warden

Directrice des partenariats, KAIROS Canada

Rachel est directrice des partenariats à KAIROS. Elle est impliquée dans le travail des Églises en faveur des droits de la personne et de la justice sociale depuis plus de 20 ans et dans les mouvements de solidarité et de justice sociale depuis beaucoup plus longtemps, à commencer par le mouvement de dessaisissement et d’abolition de l’apartheid et le mouvement de solidarité nicaraguayen à l’école secondaire et à l’université.

Elle est titulaire d’un baccalauréat spécialisé en études du développement international de l’Université de Toronto et d’un certificat d’études supérieures sur le genre et la consolidation de la paix de l’Université de la paix des Nations Unies au Costa Rica.

Rachel est une éducatrice d’adultes accomplie en éducation populaire, une excellente flûtiste et membre du groupe musical Fallen Angles. Enfin, et surtout, elle est la mère de deux belles, sages, compatissantes et indépendantes jeunes filles.

Combler les lacunes en matière d’égalité des genres et d’éducation nutritionnelle des adolescentes et adolescents

Combler les lacunes en matière d’égalité des genres et d’éducation nutritionnelle des adolescentes et adolescents

Nutrition International a lancé un cours en ligne gratuit intitulé « Adolescent Nutrition and Anaemia » (Nutrition des adolescents et anémie) pour aider à combler une lacune en matière de formation et d’éducation disponibles et pour appuyer les mesures prises dans ce domaine très important.

Dans le cadre de la Semaine de l’égalité des sexes, le CCCI met en lumière le travail accompli par certains de nos membres pour promouvoir l’égalité des sexes. Ce billet a été rédigé par Marion Roche, Conseillère technique principale, Santé et nutrition des adolescentes et des femmes, avec Nutrition International.

L’adolescence est la période de croissance et de développement la plus rapide après les premiers 1000 jours de vie. C’est aussi au cours de cette période que le mode de vie et les habitudes alimentaires s’acquièrent, offrant ainsi l’occasion d’agir par le biais d’interventions visant à améliorer la nutrition pendant cette période critique. Malgré cela, les adolescents et adolescentes sont souvent négligés par les interventions en matière de santé et de nutrition, car jusqu’à récemment, ils n’étaient pas considérés comme une priorité.

Il en va notamment ainsi pour les adolescentes, qui sont particulièrement affectées par la malnutrition, en partie dû à leurs besoins biologiques spécifiques.

L’anémie ferriprive est reconnue comme principale cause d’années de vie ajustées sur l’incapacité – définies comme des années de vie en santé (optimale) perdues – chez les adolescentes de 10 à 19 ans à l’échelle mondiale.

L’anémie, qui est à la fois un indicateur d’une mauvaise nutrition et celui d’une mauvaise santé, a des conséquences néfastes sur la santé, y compris des difficultés de concentration ainsi qu’une baisse du rendement scolaire potentiel chez les enfants et les adolescents en raison d’un ralentissement du développement cognitif et socio-affectif. Pour les adolescentes, cela peut se traduire par des difficultés à se concentrer à l’école et un manque d’énergie pour participer aux activités communautaires ou domestiques, ce qui perturbe leurs possibilités d’éducation et leur autonomisation économique. De plus, si une adolescente tombe enceinte, l’anémie ferriprive peut poser un grand risque pour la santé de la mère et de son bébé.

Bien que l’importance de la santé des adolescents et les effets dévastateurs de l’anémie ferriprive aient été reconnus dans le monde entier, il n’existe actuellement aucun guichet unique d’information sur la nutrition et l’anémie des adolescents. Il est nécessaire d’accorder une plus grande attention à l’amélioration de la nutrition des adolescents à travers le monde et d’y allouer davantage de ressources, car il s’agit d’une période critique de croissance et de développement. Le cours en ligne de Nutrition International sur la nutrition et l’anémie chez les adolescents aide à combler ce manque de connaissances.

Pendant plus d’un an, nous avons travaillé à l’élaboration de ce cours complet en collaboration avec des experts dans le domaine, des spécialistes de l’apprentissage et des concepteurs de cours, cela dans le but d’apporter des informations de plus haut niveau dans un format vidéo facile à utiliser pour les agents de programmes de nutrition des adolescents, les responsables de la mise en œuvre, les partenaires, les étudiants du deuxième cycle en nutrition, les fournisseurs de soins de santé, les responsables des politiques et les décideurs.

Nous sommes ravis de l’enthousiasme déjà manifesté pour le cours, ainsi que des commentaires positifs que nous avons reçus. Les connaissances acquises dans le cadre de ce cours renforceront la capacité des individus et des organisations à mieux comprendre et aborder la nutrition des adolescents, et en définitive, à surmonter les inégalités entre les genres et améliorer la nutrition des adolescents.

Nous devons renforcer nos capacités à l’échelle mondiale afin d’aider les filles à se sentir habilitées à avoir accès à des soins de santé et à une nutrition adéquates, à avoir des chances égales de recevoir une éducation de qualité et de pouvoir éventuellement intégrer le marché du travail.

Plus d’informations sur l’inscription gratuite et le programme complet du cours sur la nutrition des adolescents et l’anémie sont disponibles sur notre site Web.

Marion Roche

Marion Roche

Conseillère technique principale, Santé et nutrition des adolescentes et des femmes

Marion Roche a rejoint Nutrition International en 2011, elle y est conseillère technique principale en santé et nutrition des adolescentes et des femmes. À ce poste, Marion fournit et appuie l’orientation stratégique des programmes de Nutrition International en sensibilisation, renforcement de capacité et production de données probantes, en vue d’améliorer la santé et la nutrition des adolescentes et des femmes.

Marion dirige la conception, l’introduction, la mise à l’échelle et l’évaluation des interventions en nutrition des adolescentes – un domaine d’intérêt et d’investissement croissants à l’échelle planétaire.

Elle collabore avec les gouvernements et les partenaires nationaux en vue de renforcer l’accès aux modes de prestation des interventions en nutrition des adolescentes et des femmes, notamment la supplémentation hebdomadaire en fer et acide folique en prévention de l’anémie. Elle a pour objectif d’aider les adolescentes et les femmes à s’épanouir et à être respectées.

Marion a plus de 12 ans d’expérience en mise en œuvre et recherche en mise en œuvre de programmes mondiaux de santé publique et nutrition, et a beaucoup travaillé pour améliorer la nutrition de la mère, du nourrisson et de l’enfant en priorisant les interventions novatrices.

Marion est experte en communication en changement des comportements, en nutrition communautaire et mondiale, en alimentation des nourrissons et des jeunes enfants, en conception et évaluation d’intervention, ainsi qu’en recherche de mise en œuvre, recherche qualitative et marketing social. Docteure en nutrition, elle détient également une maîtrise en santé publique, Santé mondiale, et une maîtrise en nutrition.

L’autonomisation des femmes sous de nouvelles formes : l’interconnexion entre le genre et la cécité

L’autonomisation des femmes sous de nouvelles formes : l’interconnexion entre le genre et la cécité

Ayant un accès limité à l’eau potable dans son petit village du Kenya, Anne a contracté la cécité trachomateuse. Elle a perdu la vue de l’œil droit et une partie de vision de l’œil gauche. Grâce au programme SAFE d’Operation Eyesight (pour « Surgery, Antibiotics, Face washing and hygiene education, and Environmental improvement » qui signifie chirurgie, antibiotiques, nettoyage du visage et éducation sanitaire, et amélioration de l’environnement), Anne a été opérée pour traiter le trachome. Sa douleur a disparu et sa vision restante dans l’œil gauche a été préservée, ce qui lui permet de continuer à subvenir aux besoins de ses neuf enfants.

Dans le cadre de la Semaine de l’égalité des sexes, le CCCI mettra en lumière le travail accompli par certains de nos membres pour promouvoir l’égalité des sexes. Mary G. Alton Mackey, directrice du conseil d’Operation Eyesight Universal, a rédigé ce billet.

Bien plus qu’une question de genre, la cécité est discriminatoire. Les femmes et les filles représentent cinquante-cinq pour cent des aveugles dans le monde. On compte plus de 20 millions de femmes et de filles aveugles et 120 millions qui souffrent d’une déficience visuelle. Quatre personnes aveugles sur cinq ne devraient pas l’être.

Et cette injustice est amplifiée dans les pays en développement. Les femmes doivent surmonter des obstacles supplémentaires à l’accès aux soins oculaires auxquels les hommes ne sont pas confrontés: à savoir le manque d’éducation, un pouvoir de décision restreint, l’accès limité aux ressources financières et la perception d’être de moindre priorité.

Une des raisons qui explique cette disparité est que les femmes vivent plus longtemps que les hommes et sont donc plus susceptibles de développer des maladies oculaires non transmissibles liées à l’âge, comme la cataracte, le glaucome et la dégénérescence maculaire. Mais malgré le fait que les femmes soient plus touchées que les hommes par cette condition, les taux de chirurgie de la cataracte sont plus faibles chez les femmes.

Et cela ne reflète qu’une partie de la situation.

Les femmes et les filles courent un risque accru de contracter le trachome, une maladie infectieuse  oculaire infectieuse qui entraîne une cécité irréversible. Les femmes constituent soixante-dix pour cent des personnes atteintes de cécité trachomateuse. Les très jeunes enfants présentent un risque de trachome et trois fois plus de filles que de garçons en souffrent.

Les femmes et les filles sont particulièrement vulnérables aux  maladies infectieuse oculaires en raison de leurs rôles traditionnels. Les femmes et les filles ont la charge de prendre soin de leurs proches qui souffrent de trachome ou d’autres pathologies oculaires. Cela augmente non seulement leur risque de contracter le trachome, mais cela limite souvent leurs possibilités d’aller à l’école ou de trouver un emploi.

Les femmes aveugles portent le double fardeau de la discrimination en raison de leur handicap et de leur genre, pouvant conduire à l’exclusion sociale. Cela a des répercussions sur leur capacité d’accomplir leurs activités quotidiennes, accroit leur risque de blessure et les rend plus vulnérables à la violence et à la dépression.

Pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies et les objectifs de Vision 2020 de l’Organisation mondiale de la santé, les programmes de soins oculaires doivent éliminer toute forme d’inégalité en matière d’accès aux soins oculaires pour les femmes et les filles. Les programmes de soins oculaires doivent reconnaître que les femmes et les filles ont des besoins, des préférences et des contraintes différents, et qu’elles devraient être au centre des programmes de santé oculaire.

Les organisations doivent travailler en collaboration avec les communautés locales afin de comprendre les obstacles auxquels les femmes sont confrontées, prendre des mesures correctives en matière de formation et de développement des ressources humaines en vue d’assurer un plus grand nombre de femmes dans le système de soins de santé, et éliminer les obstacles à l’accès aux services. En outre, les programmes devraient intégrer les services de santé oculaire dans les établissements de soins de santé maternelle et reproductive afin de permettre aux femmes enceintes d’avoir accès aux tests de dépistage des troubles de la vue, qui ne sont pas administrés systématiquement. Les programmes devraient également sensibiliser les villages où les maladies oculaires demeurent largement non diagnostiquées et non traitées.

Operation Eyesight  travaille en partenariat avec les hôpitaux et gouvernements locaux pour fournir des services de soins oculaires de qualité à tous – quel que soit le genre, l’âge, et la capacité de payer ou autres circonstances personnelles – tout en s’attaquant aux nombreuses causes profondes de la cécité évitable et en s’employant à éliminer les obstacles à l’accès aux soins médicaux, avec pour cible spécifique et délibérée les femmes et les filles. Je suis particulièrement fière de l’accent mis par Operation Eyesight sur la sensibilisation et l’éducation des collectivités. Nous formons des agentes de santé communautaire – des femmes qui vivent et travaillent dans les communautés ciblées – à faire du porte-à-porte pour les tests de dépistage des maladies oculaires et à éduquer les familles sur la santé oculaire et sur des sujets de santé généraux comme les soins prénatals, la nutrition et la vaccination. Cette approche nous permet de rejoindre les femmes et les filles qui, autrement, auraient été exclues, en veillant à ce que celles qui ont des problèmes de santé oculaire soient référées à un hôpital partenaire ou à un centre d’ophtalmologie pour traitement. Les agentes de santé communautaires orientent également les femmes et leur famille vers des établissements de soins de santé primaires pour des soins pré/postnatals, la supplémentation en vitamine A, les vaccinations, etc. Ce ne sont là que quelques exemples de la façon dont Operation Eyesight intègre l’ODD 5 : Égalité entre les sexes dans notre travail quotidien.

Dr. Mary Alton Mackey

Dr. Mary Alton Mackey

Donatrice et membre du Conseil d’administration d’Operation Eyesight Universal

Mary G. Alton Mackey est une consultante internationale en alimentation et en nutrition qui possède une vaste expérience nationale et internationale dans les domaines des politiques et des programmes relatifs à la santé, à l’alimentation et à la nutrition. Son expertise comprend la gestion de projets bilatéraux, l’identification de projets, l’élaboration de propositions, la mise en œuvre et l’évaluation de projets (pour des organisations bilatérales et non gouvernementales).

C’est l’approche communautaire et durable d’Opération Eyesight qui a incité Mary à rejoindre le conseil d’administration.

« Intégrer des activités cliniques de haute qualité à la sensibilisation de la communauté, qui encourage les comportements sains par le biais de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement, est exactement l’approche requise dans la lutte contre la cécité évitable. »